Chef de rédaction : Djamel Lalini
Observatoire du soutien public français aux entreprises à l'international – OSPEI
Mail : contact@ospei-observatoire.com
La Tunisie est le premier pays d'Afrique pour les projets d'investissement français : 639,9 M DT sur les 9 premiers mois de 2025, 298 projets, 2 868 emplois créés. 50 % des entreprises françaises implantées prévoient d'étendre leurs projets.
La multiplicité des acteurs (SER, Business France, CTFCI, CCEF, AFD, Proparco) est autant un atout théorique qu'un labyrinthe pour les non-initiés.
Les dispositifs collectifs ne se substituent pas à un suivi individualisé sur la durée.
La gestion des risques structurels appelle un plaidoyer plus proactif et transparent.
Les PME innovantes restent sous-représentées dans les bénéficiaires du dispositif.
L'absence d'indicateurs d'impact publics spécifiques à la Tunisie limite la redevabilité du système.
Investissements directs français sur les 9 premiers mois de 2025
Projets d'investissement français actifs en Tunisie
En faveur de la Tunisie dans les échanges bilatéraux franco-tunisiens
Des entreprises françaises implantées déclarent vouloir étendre leurs projets
La France est le premier investisseur étranger en Tunisie, dominé par le secteur industriel qui concentre l'essentiel de la dynamique des projets actifs.
Dans quelle mesure l'ambassade de France à Tunis parvient-elle à transformer un écosystème institutionnel foisonnant en dispositif réellement accessible, opérationnel et redevable vis-à-vis des entreprises françaises qui osent la Tunisie ?
La Team France Export réunit le SER, Business France, la CTFCI, l'AFD/Proparco et les CCEF pour coordonner le soutien aux entreprises via le Conseil économique d'ambassade.
La multiplicité des acteurs, bien que complète, génère souvent une confusion et un effet de « ping-pong » institutionnel pénalisant pour les PME peu introduites sur le marché.
Le soutien public français aux entreprises à l'international repose sur un écosystème institutionnel dense, impliquant plusieurs acteurs aux rôles complémentaires. Cependant, pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME), distinguer les responsabilités de chacun et naviguer dans ce paysage complexe peut s'avérer un véritable défi.
Dirigé par Arnaud Guigné, rattaché à la DG Trésor. Veille économique, appui stratégique aux entreprises, coordination de la Team France Export via le Conseil économique d'ambassade.
Opérateur principal pour l'accompagnement export. En 2024 : plus de 25 événements collectifs, 20+ projets d'entreprises tunisiennes vers la France, 200+ emplois attendus dans les régions françaises.
La CTFCI facilite les partenariats franco-tunisiens existants. Les CCEF forment un réseau bénévole de 4 000+ membres dans 140 pays. Alexandre Ratle appelle à être « imaginatif et audacieux ».
Prêts, garanties (dispositif ARIZ pour les PME), prises de participation. BpiFrance complète en France avec financement export et assurance-crédit.
Les dispositifs d'accompagnement proposés par la Team France Export sont nombreux et structurés, conçus pour soutenir les entreprises dans leur développement international. Cependant, une question centrale demeure : leur accessibilité réelle pour les Petites et Moyennes Entreprises, en particularité celles situées en province et dépourvues d'expérience à l'export, qui pourraient se sentir perdues face à la complexité administrative et aux acronymes institutionnels.
Selon le bilan export 2021, 94 % des entreprises accompagnées ont poursuivi leur activité export contre 77 % pour les non-accompagnées. Les entreprises suivies ont généré 1,1 milliard d'euros de CA export additionnel, créant ou envisageant 15 300 emplois, dont 60 % par des PME.
Au-delà du parcours d'accompagnement structuré, l'ambassade et ses partenaires animent un écosystème d'événements et de financements destinés à renforcer la présence française en Tunisie. Néanmoins, la lisibilité de ces outils et leur accessibilité réelle pour les entreprises nouvellement arrivées sur le marché restent des enjeux cruciaux à questionner.
Les « Apéro-Biz » réunissent 100+ chefs d'entreprises franco-tunisiens. Missions sectorielles (aéronautique, agroalimentaire, énergies renouvelables), salons en Tunisie et en France. Le programme VIE affiche une croissance moyenne de +20 % par rapport au niveau pré-Covid.
Des fiches marché sont disponibles sur le site Team France Export, mais leur utilisation effective par les PME non accompagnées n'est pas documentée publiquement.
L'articulation entre AFD, Proparco et BpiFrance soulève une question de lisibilité : les critères d'éligibilité, délais de réponse et conditions financières sont-ils cohérents, ou l'entreprise doit-elle composer avec trois logiques institutionnelles différentes ?
L'environnement des affaires en Tunisie, bien que prometteur, n'est pas sans défis. Les entreprises françaises se heurtent à des risques structurels tangibles tels que les délais d'obtention de visas, l'instabilité réglementaire, les difficultés liées à la convertibilité du dinar ou les fluctuations fiscales. Dans ce contexte, le rôle de l'ambassade de France est crucial pour atténuer ces impacts par un plaidoyer actif et la mise en place de mécanismes de soutien concrets.
Amélioration significative en 2025 : taux de refus tombé à 18,1 % contre 28,5 % en 2022. 116 600 visas accordés, +11 % en un an. La moitié valables plus d'un an. Une voie rapide 48h pour voyageurs d'affaires fréquents prévue au T2 2026.
Depuis 2016, suppression progressive des autorisations préalables (50 en 2022, puis 25 en 2023). 12 équipes mixtes public-privé constituées. Mais lors d'une réunion CTFCI/FIPA en mai 2022, 100+ chefs d'entreprises ont exprimé des préoccupations sur les procédures lourdes et l'incertitude réglementaire.
La réforme fiscale de 2019 a aligné les régimes onshore/offshore, impactant 80 % des implantations françaises qui étaient en régime offshore. La convertibilité du dinar demeure une préoccupation majeure malgré des mesures de libéralisation annoncées.
L'ambassadrice Guéguen insiste sur la « solidarité, coopération et espoir ». Toutefois, les mécanismes concrets de soutien en cas de crise (blocage administratif, contentieux, rapatriement de fonds) restent peu documentés et peu connus des entreprises elles-mêmes.
Si des indicateurs d'impact globaux sont disponibles pour la Team France Export à l'échelle mondiale, leur déclinaison et leur granularité spécifique à la Tunisie restent souvent lacunaires. Cette absence de données précises rend difficile une évaluation exhaustive de l'efficacité locale des dispositifs, soulevant des questions fondamentales quant à la redevabilité et à l'optimisation des ressources allouées.
Ces chiffres encourageants concernent l'ensemble du dispositif Team France Export au niveau mondial — non spécifiquement la Tunisie.
L'opacité des indicateurs spécifiques à la Tunisie fragilise la redevabilité de l'ensemble du dispositif.
Malgré les atouts indéniables de l'écosystème institutionnel franco-tunisien et les efforts déployés, plusieurs axes d'amélioration s'imposent pour rendre le soutien à l'exportation plus accessible, plus lisible et plus efficace. Cette section explorera des pistes concrètes, notamment pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME), afin de maximiser l'impact de ces dispositifs sur le terrain.
Instaurer un point d'entrée unique (SER ou Business France) coordonnant en interne tous les opérateurs, avec une plateforme numérique dédiée à la Tunisie accessible depuis les régions françaises.
Renforcer le suivi individualisé avec des conseillers dédiés par entreprise ou secteur. Développer des programmes d'immersion terrain en Tunisie pour les PME qui découvrent le marché.
Publier régulièrement des notes de conjoncture réglementaire et politique identifiant les risques émergents (réglementation, fiscalité, convertibilité) susceptibles d'impacter les projets.
Assumer un rôle de plaidoyer visible auprès des autorités tunisiennes et françaises sur les sujets critiques (visas, convertibilité du dinar, liberté d'investir) et communiquer sur les résultats obtenus.
Définir des quotas ou priorités explicites en faveur des PME et ETI. Créer des binômes PME-grand groupe pour faciliter les synergies opérationnelles sur le terrain tunisien.
Un guichet unique (SER ou Business France) coordonnant en interne tous les opérateurs sans que l'entreprise gère elle-même l'orchestration institutionnelle.
Programmes d'immersion en Tunisie et suivi individualisé par conseillers dédiés pour les PME en phase d'entrée sur le marché, sur toute la chaîne de valeur.
Diffuser régulièrement aux entreprises françaises des notes identifiant les risques émergents (réglementation, fiscalité, convertibilité) et les évolutions législatives.
Porter proactivement les sujets critiques (visas, convertibilité du dinar, liberté d'investir) auprès des autorités et communiquer sur les résultats obtenus.
Quotas explicites dans les programmes d'accompagnement et création de binômes PME-grand groupe pour faciliter les synergies opérationnelles.
Publier annuellement les résultats par taille, secteur et région d'origine, avec taux de réussite, CA généré, emplois créés et satisfaction des entreprises accompagnées.
Organiser des journées de restitution à Paris et dans les grandes régions exportatrices pour présenter les résultats et recueillir directement les retours des entreprises.
« La Tunisie n'est pas un marché comme les autres. C'est un pari sur la confiance, sur la proximité, sur l'audace partagée. Notre rôle est de faire que ce pari soit moins solitaire pour chaque entreprise française qui ose se lancer. »
— Anne Guéguen, Ambassadrice de France en Tunisie
L'ambassade dispose d'un écosystème institutionnel dense et théoriquement complet. Les chiffres macro-économiques — 639,9 M DT d'investissements, 298 projets, 2 868 emplois créés — attestent de la vitalité de la relation bilatérale.
La transformation de cet écosystème institutionnel en dispositif réellement accessible, opérationnel et redevable constitue l'enjeu stratégique majeur pour les années à venir. C'est à ce prix que l'ambassade pourra dire : « Oser la Tunisie, nous vous y accompagnons vraiment. »
L'Observatoire du Soutien Public français aux Entreprises à l'International (OSPEI) tient à exprimer ses remerciements les plus sincères à l'ensemble des acteurs publics, institutionnels et économiques qui ont contribué à l'élaboration de ce rapport d'étude.
Leur disponibilité, leurs éclairages et leur engagement ont permis d'approfondir la compréhension des dispositifs, mesures et politiques publiques déployés pour soutenir le développement international des entreprises françaises, et d'offrir une vision fidèle de leur mise en œuvre concrète.
Ce travail s'inscrit pleinement dans la mission de l'OSPEI : analyser et évaluer les outils publics afin de renforcer leur efficacité, leur lisibilité et leur appropriation par les entreprises.
À travers cette étude, l'Observatoire poursuit son objectif de favoriser la transparence des soutiens publics, de mettre en lumière les leviers d'action les plus pertinents et de contribuer à une meilleure compréhension des enjeux liés à l'internationalisation des entreprises françaises, quels que soient leur secteur ou leur taille.
Chef de rédaction : Djamel Lalini
Saint-Nazaire – Mars 2026
Observatoire du soutien public français aux entreprises à l'international – OSPEI
Mail : contact@ospei-observatoire.com
Etude :